Ce matin en me réveillant, il y avait une question anonyme qui m’attendait (AMA). Cette personne courageuse, me demandait si enfant, j’avais été frappée : « Were you spanked or caned growing up? ». Ce qui sous-entend sans doute dans l’esprit du questionneur, que c’est ce qui m’avait amenée à être Domina. J’ai été choquée par cette question.
Hasard du calendrier, hier, je lisais ici-même sur un groupe, un soumis qui faisait le raccourci grossier que si une femme était déçue par une ancienne relation amoureuse, elle devenait forcément dominatrice pour se venger des hommes et vénale de surcroit. Et il ne comprenait pas pourquoi c’était si difficile en tant que soumis de trouver une femme « normale » qui voulait bien le dominer pour ce qu’il était et non pas ce qu’il représentait aux yeux de toutes ces vilaines vengeresses.
Donc, je me suis rendu compte que les projections des gens et les images d’Épinal à l’encontre des femmes dominantes étaient beaucoup trop vivaces dans ce milieu qui est « sensé » être ouvert d’esprit.
T’es aigrie = tu veux te venger
T’as connu des violences = tu veux te venger
T’es pauvre = tu veux profiter
T’es une femme fragile = Tu veux te venger
...
La projection dans l’esprit des gens serait qu’une femme est l’objet de désir des hommes et pas l’inverse. Donc si une femme se disait dominatrice, ce n’était pas parce qu’elle en avait envie mais parce qu’il y avait forcément eu un déclencheur qui l’avait fait devenir dominatrice.
De plus, si une femme est dominatrice, c’est qu’elle n’aime pas l’homme mais a un besoin viscéral de le rabaisser, de se venger de quelque chose, être méprisante et hautaine pour se sentir mieux.
Mais à AUCUN moment ces personnes n’ont pu imaginer, ne serait-ce qu’une seconde, qu’une femme a des désirs, des envies et des besoins. Et qu’elle est capable de réaliser elle-même ses fantasmes sans passer par le truchement d’un tiers.
Pour rester impartiale, je me suis donc demandé ce qui poussait/forçait une femme à devenir dominatrice.
Je dois donc convenir que certaines femmes ont pu se sentir impuissantes, ignorées, ou violentées par le passé. La domination peut alors devenir une manière de reprendre le contrôle, de se réapproprier le pouvoir sur leur corps, leurs désirs, ou leur vie.
Chez d’autres, sans forcément avoir vécu des choses négatives, la domination peut aussi être une armure pour contrer une timidité ou une faiblesse émotionnelle. Contrôler l’autre permet de ne pas être vulnérable, de ne pas subir de blessures affectives ou psychologiques.
Être dominatrice peut être aussi un moyen de s’affirmer, de prendre confiance, d’exprimer une force ou une autorité qu’on leur a peut-être appris à dissimuler. Cela peut devenir une forme d’affirmation de soi.
Dernièrement, avec la « banalisation médiatique du BDSM », certaines femmes peuvent être influencées par des modèles actuels où la femme dominante est vue comme libre, puissante et désirable. Cela peut encourager à devenir cette « femme forte ».
N’oublions pas les femmes dans une détresse économique ou un goût prononcé pour « l’argent facile », tentent des arnaques plus ou moins grossières pour appâter les plus naïfs. Ou les prostituées qui se disent dominas pour différentes raisons sans avoir une once de dominatrice en elles.
Ensuite, il y a celles dont la domination est venue d’une curiosité ou d’une découverte érotique. Elles réalisent qu’elles tirent du plaisir, de l’énergie, ou une satisfaction émotionnelle du fait de diriger, de contrôler, ou de guider.
Et celles, qui comme moi, ont naturellement une personnalité forte, directive, ou charismatique. Ce n’est pas une « réaction » à quelque chose, mais simplement une expression naturelle de leur caractère dominant. Souvent des dominatrices lifestyle ont ce tempérament depuis toujours.
Puis les dominatrices professionnelles. Ces femmes qui tirent partir de (presque) tout ce qui précède pour en faire leur métier. Les « vraies » professionnelles sont généralement passionnées par leur art, possèdent un Donjon et du matériel de qualité. Connaissent les pratiques sur le bout des doigts et dominent d’une manière étique, dans un souci de sécurité et d’hygiène irréprochable.
Évidemment, il y en a d’autres. Lesquelles pourront avec plaisir mettre un commentaire ci-dessous pour expliquer le comment du pourquoi.
Enfin, toujours est-il que j’en ai un peu marre de ces propos réducteurs sur la puissance des femmes. Pourquoi toujours leurs trouver des « excuses » ? Pourquoi toujours vouloir les voir « faibles et asservies » plutôt que fortes et indépendantes ? Je ne suis pas une « chienne de garde » (quoi que…), mais j’en ai ras le bol, ne serait-ce que de ce patriarcat sous-jacent qui sourde à chaque intervention de frustration, ou dès qu’une femme qu’elle soit dominante, soumise ou autre, parle un peu plus fort qu’un porteur de testicules.
Sinon, pour répondre à la question qui m’a fait écrire ce poste :
Non, je n’ai jamais été battue étant enfant. Pas plus en tant qu'adulte.
Et pour étendre un peu la réponse, je suis une Dominatrice lifestyle avec un métier tout ce qu’il a de plus normal et qui parfois domine de façon professionnelle quand le canevas m’intéresse.


