lundi 13 avril 2026

Birkenstock c'est le top

Tout le monde possède ce fameux bouton qui éveille le désir. Appuyer dessus est l'assurance de décoller ailleurs - loin, et fort. Le trouver est parfois une quête. Pour Libé, des femmes et des hommes décrivent la découverte d'une pratique sexuelle qu'ils et elles adorent. Aujourd'hui, Mehdi (prénom d'emprunt), 33 ans, en recherche d'emploi, se réjouit de l'arrivée des beaux jours pour retrouver ce qu'il adore : de grands pieds nus en Birkenstock.

L'intégralité de son témoignage est à lire dans l'appli Libé et sur le site Liberation.fr










samedi 21 février 2026

Sexe en ligne: ne vous laissez pas rançonner!


Ce qu'il faut savoir sur la sextorsion


Il fait très mal ce moment où vous* devez vous rendre à l'évidence qu'on vous a eu de la façon la plus perfide et la plus glauque qui soit! Vous étiez certain d'avoir tapé dans l'œil de cette femme séduisante avec qui vous flirtiez sur le tchat de rencontre. Vous l'avez donc tout naturellement invitée à se joindre à vos différents groupes d'amis dans les médias sociaux, et vous n'avez pas hésité à passer au tchat vidéo lorsqu'elle vous l'a proposé. Très vite elle se dénude et se met à se toucher.

«C'est ma fête, on dirait», avez-vous encore pensé. Après, le disjoncteur n'a pas fonctionné, vous vous êtes déshabillé et pris au jeu à corps perdu. Le sexe sur Internet, c'est le pied: à l'aise à la maison, pas de risque de contamination, le frigo tout proche, et une fois fini, on peut se déconnecter et aller se coucher, seul, sans réveil difficile le lendemain!


Or, cette fois-ci, les choses ont pris une autre tournure: la jeune femme a enregistré votre « performance » à votre insu et menace de transmettre le lien de la vidéo à vos contacts si vous ne lui versez pas tout de suite de l'argent. C'est tellement lamentable qu on voudrait


Première chose: Keep calm, gardez la tête froide! La panique est mauvaise conseillère. Vous avez le choix: perdre de l'argent par-dessus le marché, ou non? Comprenez bien que cette femme ne cible pas votre personne, elle n'en veut qu'à votre argent et elle appartient peut-être à une bande d'extorqueurs. Vous pourriez donc dans un premier temps prévenir tous vos contacts importants, ce qui vous permettrait en passant de savoir qui sont vos véritables amies et amis parmi les milliers que vous avez dans les médias sociaux. Ils pourraient le prendre avec humour, car ils savent qu'Internet est truffé de pièges prêts à se refermer, Quant à vos autres contacts, peu vous importe leur opinion. Donc: Don't pay, ne payez pas! Car même si vous payez, vous ne pourrez pas empêcher efficacement la diffusion de la vidéo; en revanche, même si vous ne payez pas, il est peu probable que la maîtresse-chanteuse mette sa menace à exécution et relaie la séquence filmée.


Maintenant que vous avez retrouvé un peu votre sang-froid, vous pouvez raisonner: vous n'avez rien fait de répréhensible! Les criminels, ce sont les maîtres-chanteurs! Le chantage étant un délit poursuivi d'office, la police ouvre l'enquête dès qu'elle a les éléments néces-saires. Surmontez votre gêne et informez la police! Vous n'êtes pas le premier à être tombé dans le panneau. Cette astuce est bien connue, et plus les lésés seront nombreux à faire le pas en informant la police plus celle-ci aura de chances de débusquer les escrocs.


Voici pour mémoire les principaux éléments de sécurité afin que le disjoncteur fonctionne:

  1. Se montrer nu dans un tchat vidéo et s'adonner à des actes sexuels n'est pas interdit, mais c'est risqué: vous n'avez pas le contrôle des images de vous nu devant la webcam d'une personne incon-nue. Ces images vont circuler et se retrouver sur des sites porno ou dans la messagerie de votre maman... C'est pourquoi, si ça devait vous arriver malgré tout, veillez à ce que votre visage, vos signes distinctifs (tatouages, par ex.) ou votre pièce de séjour ne soient pas identifiables.


  1. Réfléchissez à deux fois avant d'accepter des demandes d'ajout a votre liste d'amis. Vous devriez connaître toutes ces personnes dans la vie réelle et les estimer dignes de confiance.


  1. Il existe un cas de figure bien plus répandu: la fausse sextorsion. Vous n'avez donc été ni piégé au cours d'un tchat vidéo ni filmé par une caméra intrusive en train de vous masturber, mais les extorqueurs et extorqueuses spéculent sur le fait que cela pourrait vous être arrivé. C'est la raison pour laquelle ils n'en veulent pas pour preuve des images compromettantes, mais des données personnelles dénichées quelque part ailleurs. Pas question de payer non plus dans ce cas, bien sûr. Mais vous feriez bien de vérifier vos failles de sécurité (notre brochure « Les 5 règles pour votre sécurité numérique » pourrait vous être utile !).



* Même si la cible de prédilection en matière de sextorsion est l'homme hétérosexuel, ce délit est possible dans toutes les autres constellations de genre.



SKPPSC

Prévention Suisse de la Criminalité PSC

Maison des cantons

Speichergasse 6

3001 Berne

www.skppsc.ch


Document de la police et de la Prévention  Suisse de la Criminalité 

vendredi 19 décembre 2025

Un tu? Ça dégage!

 




Je vais être claire -> tu = ban


De un: Fetlife est un réseau social orienté BDSM. Avec ses codes et tout le folklore qui va avec. Les Dominas on les vousoie d'office. Point.


De deux: Si nous ne nous sommes jamais rencontrés dans la vraie vie : ON SE VOUSOIE. Que vous soyez soumis ou dominant.


C'est pas un caprice. C'est juste du savoir vivre, putain.

Pis cette manie de se cacher derrière une éducation anglophone, c'est aussi de la merde. Ici, en Suisse (où je me situe donc), quand on connaît pas, on vousoie. Bordel. C'est juste de l'éducation de base.


Et cette mode irrespectueuse au possible que le marketing nous impose dans la publicité qui veut que Ikea, Carrefour ou notre banque nous tutoie, c'est leur putain de choix, mais je ne le cautionne pas. Quand je lâche du fric je veux de la déférence. Merde!


J'ai vraiment essayé de faire des efforts, mais ça me rend dingue qu'on me tutoie sous prétexte que soit je sois la cadette, une femme, une consœur, parce que vous n'êtes pas soumis ou bien car c'est plus fluide ou chais pas quoi encore. Mon cul, ouais.


Et c'est pas parce qu'on a échangé deux messages que soudain on pourrait se tutoyer. Tcheu mais c'est quoi ça?

Si je suis sur Fetlife, c'est parce que ça m'amuse de partager ma passion et c'est pas pour ratisser du soumis. Encore moins de recevoir des messages random qui me foutent les ovaires dans le chignon. J'ai un taff, j'ai pas besoin de faire la Domina pour gagner ma vie, ok, alors un "tu" et ça dégage! Dom-me, ou pas.

mercredi 10 décembre 2025

Massages des pieds

 


Et ça marche surtout pour les Dominas ! 



Les recherches démontrent qu'un massage doux aide à réduire le stress en diminuant le taux de cortisol et en activant la réponse naturelle de relaxation du corps.

Les massages des pieds, notamment, stimulent des points de pression qui apaisent les tensions et favorisent la détente. Des études montrent également qu'ils augmentent la production de substances liées au bien-être, comme la sérotonine et la dopamine, améliorant ainsi naturellement l'humeur.

Partagé entre deux partenaires, le massage devient un moment de soin, de confort et de proximité physique.

Selon les psychologues, ces signaux émotionnels positifs renforcent le lien affectif et donnent aux couples un sentiment accru de soutien mutuel.

Sources : Arthritis Foundation, ScienceDaily, Psychreg.

samedi 6 décembre 2025

50 nuances de cuir

Ou comment implanter des images d’Épinal pour les néophytes…..

Je vous laisse vous en faire votre propre opinion. Bonne écoute.


https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/interception/interception-du-dimanche-30-novembre-2025-3299203?utm_campaign=feed&utm_medium=referral&utm_source=later-linkinbio




La communauté BDSM, plutôt cataloguée comme “en marge” et plutôt âgée, voit arriver une toute nouvelle génération. Des jeunes, souvent à peine majeurs, en majorité des femmes, qui trouvent dans ce milieu ce qu’elles n'ont pas toujours dans les bars ou soirées classiques : le respect du consentement.





Si vous faites partie de ceux qui ont lu « 50 shades of grey» (125 millions d’exemplaires vendus dans le monde pour la saga), pas besoin de vous expliquer le BDSM… pour les autres, cela signifie : Bondage / Domination / Soumission / Sado masochisme.


Ni les livres, ni les films ne sont inoubliables, mais ils ont donné de la lumière à des pratiques sexuelles qu’en général on ne raconte pas à sa mère. La réalité c’est qu’en fait, on n’a peut-être rien compris au BDSM : ses adeptes sont, certes, une communauté en marge -tout le monde n’a pas une sexualité épanouie dans les coups de fouet, les piloris, ou les humiliations- mais on est très loin du cliché de pratiques pour vieux soixante-huitards.


Dans ce reportage vous allez rencontrer des jeunes femmes qui trouvent dans ce milieu, le respect qu’elles n’ont pas ailleurs. Personne ne juge leur façon de s’habiller -les résilles, le cuir, les clous. Personne ne les embarque où elles n’ont pas décidé d’aller. Personne ne fait le moindre geste qui n’ait été consenti et expliqué.

"50 nuances de cuir", un reportage de Benjamin Matthieu

Production : Antoine Giniaux

Réalisation : Charles de Cillia

Mixage : Sybille Clamens


mardi 2 décembre 2025

Comment démasquer un brouteur derrière une annonce de « Maîtresse BDSM »

 



Sur les plateformes BDSM, les arnaqueurs se font régulièrement passer pour des “maîtresses” afin d’extorquer de l’argent. Leurs méthodes sont largement connues et reposent toujours sur les mêmes signes. Les repérer repose donc sur l’observation attentive de leur discours, de leur comportement et de leur manière d’interagir. L’intelligence artificielle n’aide pas en rendant les discours de plus en plus crédibles malheureusement.


Des annonces génériques et peu fiables
Les Dominatrices parlent généralement de leur style, de leurs pratiques favorites, de leurs limites et de leur expérience. Elles savent décrire une dynamique D/s, expliquer leur cadre, leurs règles, et évoquer des notions essentielles comme le consentement, les safewords ou la sécurité.

À l’inverse, un brouteur reste extrêmement vague. Ses annonces et ses messages sont composés de phrases très générales, souvent copiées d’un profil à l’autre comme “Je suis une maîtresse très sévère.” ou “Je cherche un soumis loyal et obéissant.” Aucune précision crédible, aucun vocabulaire authentique, aucune cohérence. Le texte pourrait convenir à n’importe qui et ne reflète pas une personnalité ni une pratique réelle.


Un profil qui ne date que de quelques heures, vide et composé de photos volées
Un autre signe classique est le manque d’éléments vérifiables sur le profil. Les brouteurs publient en général une ou deux photos glamour issues de séances professionnelles, souvent retrouvables partout sur internet. Ces images sont choisies pour attirer, mais ne s’inscrivent pas dans une activité réelle. Pas de passif, pas de publications régulières, pas d’interactions, pas de traces d’existence dans une communauté.

Une Domina amateure ou professionnelle réelle peut tout à fait préserver son intimité, mais elle laisse souvent au moins quelques éléments cohérents. Comme des photos de séances, des interactions, une présence sur FetLife ou Twitter, Instagram ou en ce qui me concerne un blog, ou simplement une manière fiable de la situer.


Une demande d’argent presque immédiate
C’est le signe le plus évident. Le brouteur cherche l’argent très vite, souvent dès les premiers messages. Les demandes sont toujours les mêmes, “Tu dois payer un tribut pour prouver ta loyauté.”, “Avant de parler, envoie une avance PayPal.” ou encore “Il y a des frais d’inscription pour devenir mon soumis.”
Ce principe d’argent préalable est une stratégie classique.

Une véritable Dominatrice professionnelle facture ses services, mais elle l’annonce clairement, avec des tarifs définis, un fonctionnement transparent et un cadre légal minimal. Le brouteur, lui, crée une pression immédiate sans structure ni transparence.


Personnellement, j’ai eu tellement de lapins qui m’ont été posés que je demande un acompte avant de valider un rendez-vous pour une séance avec une personne que je n’ai jamais rencontré. Cela dit, je ne demande jamais d’argent pour discuter ou échanger un téléphone.


Une fuite systématique de tout contact vocal ou vidéo
Pour éviter d’être démasqué, l’arnaqueur refuse toute forme de vérification : pas d’appel audio, pas de vidéo, pas de selfie contextualisé avec un mot à écrire, pas de preuve simple de son identité.
Les excuses sont variées telles que “je suis timide”, “ce n’est pas dans mes pratiques”, “je n’ai pas le matériel” , etc, mais le résultat est toujours le même, il n’apporte aucune preuve qu’il est la personne présentée sur les photos.


Un langage étrange, maladroit ou incohérent
Le vocabulaire BDSM demande une compréhension minimale du milieu. Les dynamiques, règles, sécurité, termes précis. Beaucoup de brouteurs ne le maîtrisent pas totalement. Cela se traduit souvent par un ton très théâtral, l’usage maladroit de mots pseudo-BDSM, des incohérences dans la manière de s’exprimer.


Des techniques de pression émotionnelle
L’arnaqueur utilise la culpabilisation et la pression psychologique pour obtenir un paiement rapide. Ses stratégies sont typiques : “Si tu refuses, tu n’es pas un vrai soumis.”, “Tu me fais perdre du temps, montre que tu es sérieux.” ou encore “Je veux que tu m’obéisses maintenant.”
Ce n’est ni du BDSM ni de la domination. Ce n’est qu’une manipulation visant à faire céder la victime. Une Dominatrice réelle peut être exigeante, mais elle reste dans un cadre consensuel, respectueux et clair. Elle ne cherche jamais à arracher un paiement par le chantage émotionnel.


Une volonté de quitter très vite la plateforme
Un marqueur extrêmement fréquent est que le brouteur veut passer immédiatement à WhatsApp ou à Telegram sous divers prétextes. “Passe sur WhatsApp/Telegram, je suis rarement connectée ici.”
Sortir de la plateforme rend la traçabilité plus difficile, empêche les signalements et facilite le blocage après l’arnaque.


Règle d’or : croire le comportement, pas les ordres.
Un vrai profil BDSM se reconnaît à sa cohérence, sa transparence et son respect du consentement, à des images avec plusieurs fois la même personne reconnaissable mais jamais à un discours spectaculaire.


J’espère que ces quelques pistes vous aideront à y voir un peu plus clair. Ne foncez pas tête baissée, gardez les idées claires, ces arnaques sont bien huilées. Ce sont, à défaut d’être des professionnelles du BDSM, des professionnels de l’arnaque financière et sentimentale.

lundi 24 novembre 2025

Linkedin et Bdsm

 




Et si le BDSM enseignait aux managers à mieux respecter leurs équipes 





Published: November 24, 2025 12.06pm CET

 Nathalie Lugand, Université d’Angers


https://theconversation.com/et-si-le-bdsm-enseignait-aux-managers-a-mieux-respecter-leurs-equipes-268441


À l’heure où burn out et harcèlement moral explosent, le terme « sadomasochisme » sert souvent à décrire les relations de travail toxiques. Pourtant, les pratiquants du BDSM – bondage, discipline, domination/soumission et sadomasochisme – ont élaboré une éthique sophistiquée du consentement. Et s’il fallait puiser à cette source pour imaginer un management plus respectueux ?


L’idée m’est venue d’une rencontre inattendue, lors d’une immersion parmi des dominatrices professionnelles pour ma thèse. Un jour, l’une d’elles m’a confié, avec une lucidité qui m’a saisie, qu’elle fixait des limites strictes à ses pratiques pour une raison simple : « Il faut que je puisse encore me regarder dans le miroir le matin. » Cette phrase m’a marquée par sa justesse morale. Aujourd’hui, elle me revient avec force quand j’observe des managers énoncer des valeurs qu’ils ont cessé d’incarner. Comment font-ils, eux, pour se regarder dans le miroir ?

Le tournant néolibéral des années 1980 rime avec privatisation, délocalisation, flexibilisation et baisse des subventions publiques. Ces transformations s’accompagnent d’un tournant gestionnaire – ce que le juriste Alain Supiot a théorisé sous le nom de « gouvernance par les nombres ».


L’introduction de nouvelles méthodes de management a profondément transformé le travail. Parmi les dispositifs les plus délétères pour la santé mentale, l’évaluation individuelle des performances occupe une place centrale. On se souvient de la privatisation de France Télécom et des objectifs inatteignables fixés aux salariés pour mieux justifier leur pseudo « inadaptation ».

Privés de toute négociation et de soutien collectif, ces travailleurs ont cédé sous la pression, beaucoup ont plié, parfois jusqu’à l’anéantissement, sous le regard indifférent de collègues eux-mêmes pétrifiés par la peur. « Les suicides qui se sont produits dans le monde de l’entreprise, c’est la partie émergée de l’iceberg », rappelle Christophe Dejours. Dans ce contexte, la question du consentement devient centrale.


L’acceptation d’un système maltraitant

Pourquoi des individus hautement qualifiés, censés jouir d’une grande autonomie, acceptent-ils un système qui les malmène ? Pourquoi des personnes sensibles à la justice peuvent-elles en venir à exercer leur sadisme – jouir de faire du mal à autrui ? Comment peut-on voir un collègue se faire humilier et détourner le regard ?



La déstructuration des collectifs, la perte de confiance et d’entraide ont miné les bases de la coopération. La peur et la solitude ont favorisé des stratégies défensives ordinaires, comme le « chacun pour soi », des conduites déloyales, ou du clivage moral – comme lorsqu’un cadre humilie un ou une salariée avant de lui retirer son poste, puis part animer un atelier sur le harcèlement.

La servitude au travail n’est donc pas seulement imposée d’en haut : elle s’enracine aussi dans un processus par lequel nous apprenons à consentir à la souffrance, la nôtre, celle des autres, et parfois même à la reproduire pour nous protéger. Poser la question « À quoi, à qui, pourquoi consentons-nous ? » dépasse la sphère intime : c’est la première étape pour désamorcer l’engrenage de la servitude volontaire.


L’éthique de consentement dans les milieux BDSM

Loin des clichés qui réduisent le BDSM (bondage, discipline, domination/soumission et sadomasochisme) à une simple transgression les communautés kink – c’est-à-dire engagées dans des sexualités non normatives – ont, bien avant #MeToo, inventé une véritable éthique du consentement. Dès les années 1980, elles ont fait du contrat – accord clair, informé et renégociable – un outil central de la sexualité. Le cadre Safe, Sane, Consensual (SSC) visait à distinguer les pratiques consenties des abus.


Mais ces critères ont vite été jugés trop normatifs : que signifie être « sain » ? Et qui en décide ? En 1999, Gary Switch propose alors le modèle Risk-Aware Consensual Kink (RACK), que l’on peut traduire par « kink conscient des risques »). L’idée : aucune pratique humaine n’est totalement « safe », pas davantage le bondage que le ski. Il ne s’agit plus d’éliminer le risque, mais de le reconnaître et de le gérer de manière responsable. Au début des années 2010, le modèle PRICK (Personal Responsibility, Informed, Consensual Kink) pousse plus loin cette logique, en insistant sur la responsabilité individuelle de chaque participant et participante.


Vision libérale du consentement

Ces approches traduisent une vision libérale du consentement : elles font confiance à la capacité de chacun et chacune à décider et à assumer ses choix. Mais, comme le souligne Margot Weiss elles ignorent les inégalités : tout le monde n’a pas le même accès à l’information ni aux ressources. L’autonomie devient alors une exigence abstraite, qui masque les vulnérabilités et les rapports de pouvoir.


Face à ces limites, le modèle des 4C propose une alternative fondée sur quatre piliers :

  • Caring (sollicitude) : la sécurité devient une attention mutuelle et continue
  • Communication : un processus dynamique avant, pendant et après les scènes
  • Consent : un processus évolutif plutôt qu’un contrat figé
  • Caution (prudence) : une vigilance située, attentive aux contextes sociaux

Partager la charge de la vulnérabilité

Le caring, cœur du modèle, rompt avec le mythe libéral d’autonomie rationnelle. Il ne s’agit plus de responsabiliser individuellement face au risque, mais de partager la charge de la vulnérabilité. Ce cadre questionne le concept de responsabilité défini dans des situations de rapports de pouvoir asymétriques.

Les réponses des communautés BDSM ne sont pas définitives, mais elles témoignent d’une réflexion éthique vivante, qui mérite d’être prise au sérieux bien au-delà de ces milieux. Dans un monde où la charge du risque au travail est de plus en plus transférée à l’individu, ces expériences peuvent inspirer de nouvelles façons de travailler et de vivre ensemble.


Quand les règles deviennent des cages

Les créateurs de ces protocoles, tels que Gary Switch, appellent aujourd’hui à les dépasser, car « ils tendent à se substituer à la pensée ». Cette remise en question met en lumière un paradoxe : certains praticiens du BDSM, autrefois engagés pour la liberté sexuelle, défendent désormais une morale rigide, reproduisant sous couvert de « bonnes pratiques » les mêmes mécanismes de contrôle qu’ils cherchaient à contourner.

Cette dérive vers un fétichisme de la règle résonne bien au-delà de la sphère sexuelle ; elle s’incarne aussi, et peut-être surtout, dans les conditions sociales du travail. Les habitudes acquises sous le régime de la prescription professionnelle – ne pas penser, ne pas décider, exécuter mécaniquement ce qui est attendu – ne demeurent pas confinées au lieu de travail. Elle colonise nos vies intimes, formatant nos désirs selon le modèle de la performance et de l’autopromotion. Le profil LinkedIn et le profil Fetlife deviennent alors les deux faces d’une même pièce : celle de l’optimisation de soi à outrance qui, en voulant tout maximiser, finit par évacuer la singularité du sujet désirant.

Les protocoles de consentement ne devraient pas servir à imposer des règles aveugles, mais à créer un cadre qui protège et valorise la subjectivité tout en laissant place à la spontanéité de la relation.


Au-delà des procédures et des protocoles

Résister à la pression sociale, dire non, refuser de participer à la violence ou à l’injustice. On y parvient parfois, puis on retombe dans de nouveaux conditionnements. Croire qu’il suffit d’appliquer des principes ou des protocoles pour éviter toute complicité avec l’injustice est illusoire : on peut suivre les procédures et contribuer malgré tout au pire.

L’éthique du BDSM ne se réduit pas à des procédures, aussi « transparentes » soient-elles. Ces cadres restent insuffisants pour saisir le cheminement vers l’émancipation des minorités sexuelles. Une véritable éthique naît de la parole – nourrie à la fois par des idéaux de justice et par des blessures singulières. C’est d’ailleurs une expérience personnelle d’isolement et de stigmatisation qui a conduit David Stein à imaginer le cadre du Safe, Sane, Consensual.


Fragilité des certitudes

C’est cette attention aux vulnérabilités partagées qui fonde un véritable travail éthique. Celui-ci ne repose pas sur des dispositifs sécuritaires nous garantissant contre la faute, mais sur notre capacité à naviguer dans l’incertitude, à switcher – c’est-à-dire à accepter la réversibilité des rôles et la fragilité de nos certitudes.

Cette approche ne nie pas le besoin de sécurité : elle le redéfinit. Il ne s’agit plus d’imposer un cadre rigide, mais de prendre le risque de se laisser transformer par la réponse de l’autre. Le véritable enjeu est là : faire de la règle un tremplin pour explorer l’inconnu, et accepter que la confrontation au réel bouscule sans cesse nos cadres. Le travail éthique commence quand nous osons nous aventurer au-delà du simple respect des procédures. Osons valoriser le courage et la pensée critique plutôt que l’obéissance aveugle.





Source: https://theconversation.com/et-si-le-bdsm-enseignait-aux-managers-a-mieux-respecter-leurs-equipes-268441